Nicholas Jarecki a rassemblé dans son nouveau film tous les ingrédients pour cuisiner le parfait pot au feu cinématographique : Des cabotins de première bourre, une mise en scène aux œufs et un scénar bien ficelé qui vous tiendra en haleine pendant une plombe et quarante six broquilles. Nous faisant en effet mijoter pendant toute la première partie du film, installant décors et acteurs du drame se tissant en lousdé dans les couloirs du destin, on se bonnit que le gnière nous prépare un coup de Trafalgar qui, comme l'ami ricoré, arrivera au moment opportun.
A une époque où les clichés ont bon train, Nicholas Jarecki nous brosse un très dégoulinant portrait de la réussite à l'américaine, la sainte trinité familiale : un mironton brillant ayant boulonné la moitié de sa vie pour être plein aux as, une régulière qui a oublié d'être tartignole mais s'arrose un peu trop souvent le jabot et une gosseline parfaite, belle et intello juste ce qu'il faut pour turbiner avec papa. Epiçons le tout d'un soupçon de galanteries extraconjugales et nous obtenons le cadre parfait pour le thriller aux petits oignons.
Le film aurait certainement adopté des allures naveteuses ou aurait été, au mieux, estampillé film "d'art et d'essai" si Nicholas Jarecki s'était contenté de nous bricoler à la va-vite le portrait à l'antigel d'une typique famille de rupinskoffs américains issus d'un capitalisme toujours plus débridé. Mais Nicholas Jarecki est philosophe et aux banales études de mœurs de ses contemporains, celui-ci préfère le questionnement métaphysique : faut-y ou faut-y pas magouiller pour être heureux, ou encore, mieux vaut-il finir sa vie pépère, avec une régulière qui en a dans le cigare mais avec un léger penchant pour le flacon ou épicer sa vie de couple en s'envoyant en l'air avec une giroffle aussi bath qu'elle en a sous le capot mais capable de saloper votre ordinaire en oubliant de boucler sa ceinture de sécurité ?
Qu'on se rassure, nous sommes ici dans un film américain. Pas question de choquer toutes ces bonnes âmes qui, à la médiocrité de leurs existences préfèrent les chimères de la respectabilité et de la bienséance familiale. Il vous faudra donc accepter qu'il y ait une fin et celle-ci, soyez en sur, ne vous fera pas décarrer du cinéma en vous bonnissant que vous avez biglé un film pour intellos nihilistes où le réalisateur marloupin aura délibérément brouillé les brèmes en faisant cônir le héros dans une garuche infâme. Tout au plus l'aura-t-il un peu bousculé et lui aura-t-il mis sur le poil deux ou trois mastards mal-embouchés mais, réjouissons-nous, la morale sera sauve et la famille en sortira grandie.

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